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Collectionner. Victor Arwas & Félicien Rops
11/04-27/09/26 Lire la suite ...

Soeurs d'art. La sororité dans l'art belge au 19e siècle, avec les soeurs Camille & Maëlle Dufour

Du 07/11/26 au 14/03/27

Depuis plusieurs années, le musée Félicien Rops s’intéresse aux femmes artistes et à la place qu’elles occupaient dans le paysage artistique belge du XIXe siècle. En 2016, l’exposition Femmes artistes. Les peintresses en Belgique montrait que, malgré des préjugés largement sexistes, elles avaient été nombreuses et audacieuses à l’époque de Félicien Rops. Certaines bénéficièrent d’une véritable reconnaissance, mais très peu sont passées à la postérité.

Cette réflexion s’est poursuivie en 2024 avec l’exposition Le Cercle des femmes peintres & Kikie Crêvecœur. Actif de 1888 à 1893, ce collectif organisa quatre expositions dans les salles du Musée moderne de Bruxelles, celles-là mêmes qu’occupait le groupe d’avant-garde Les XX pour ses manifestations.

Dans son ouvrage Le Château de mes sœurs (Les Pérégrines, 2024), Blanche Leridon souligne qu’« il n’existe aucun mot dans la langue française pour désigner la fratrie au féminin. Un oubli dont on peut aisément déterminer les causes : une fratrie uniquement composée de filles a longtemps été considérée comme un échec dans nos sociétés où la descendance passe par les fils ». À notre connaissance, aucune exposition n’avait encore envisagé la relation sororale comme un facteur d’émergence ou de consolidation des carrières artistiques. Dans le cadre de ses recherches, Denis Laoureux, professeur d’histoire de l’art à l’Université libre de Bruxelles, a pourtant recensé soixante-trois binômes de sœurs actives dans le monde de l’art en Belgique. Leurs parcours sont réunis dans le dictionnaire qui accompagne le catalogue de l’exposition.

Ce corpus révèle des configurations très diverses. Certaines sœurs ont mené une carrière presque fusionnelle, à l’image de Héva et Diana Coomans, formées ensemble dans l’atelier familial avant d’émigrer aux États-Unis, où elles décorèrent à quatre mains les intérieurs de la haute société new-yorkaise. D’autres se sont réparti les rôles au sein d’un même atelier, comme Louise et Marie Danse, graveuses formées à l’Académie de Mons, dirigée par leur père, qui exposèrent côte à côte dans les salons de gravure jusqu’au tournant du siècle.

D’autres encore ont vu leurs trajectoires liées par les alliances matrimoniales de leur milieu. Parmi elles figurent les sœurs Collart : l’une épousa le marchand d’art Arthur Stevens, l’autre le peintre Léonce Chabry. Ce réseau familial contribua à porter la carrière de Marie Collart jusqu’aux salons parisiens. Virginie et Louise Bovie, respectivement peintre et écrivaine, installèrent quant à elles à Ixelles un musée-atelier ouvert au public, conçu dans l’esprit du musée Wiertz.

Ce panorama inclut également Aurélie et Léontine Duluc, deux couturières parisiennes qui partagèrent la vie de Félicien Rops jusqu’à la mort de celui-ci en 1898. Leur présence dans l’exposition éclaire la place de la création vestimentaire au sein des réseaux artistiques de Rops. Loin de se réduire à leur statut longtemps retenu de « maîtresses de Rops », les sœurs Duluc firent preuve d’une remarquable audace entrepreneuriale. Elles habillèrent notamment des comédiennes célèbres comme Helena Modjeska et Sarah Bernhardt et ouvrent en 1889 une succursale new-yorkaise de leur maison de couture parisienne.

L’exposition Sœurs d’art met en lumière ce corpus inédit. La plupart de ces artistes ayant été reléguées dans l’oubli, retrouver leurs œuvres et reconstituer leurs trajectoires constitue un enjeu scientifique majeur.

Afin d’éclairer les liens qui peuvent unir des sœurs dans leur travail artistique, deux créatrices contemporaines, Camille et Maëlle Dufour, toutes deux nées à Mons et formées à La Cambre, proposent un dialogue entre leurs œuvres et celles des artistes du XIXe siècle. Graveuse, Camille Dufour construit des univers dans lesquels la nature et les corps portent les stigmates de nos modes de vie contemporains. Sculptrice, Maëlle Dufour compose des installations monumentales en argile, en céramique, en verre soufflé ou à partir de matériaux de rebut, questionnant le progrès et ses dérives. Réunies dans l’exposition, leurs œuvres entrent en résonance avec celles de leurs prédécesseures et offrent un regard contemporain sur ce que peut signifier, hier comme aujourd’hui, faire œuvre en sœurs.

Commissariat
Denis Laoureux, professeur à l’Université libre de Bruxelles

Catalogue
Sœurs d’art. La sororité artistique dans l’art belge au XIXe siècle, textes de Véronique Carpiaux, Denis Laoureux et Blanche Leridon, 2026, 116 pages, 80 illustrations.

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